Le papier bien torché

Narbonne Istanbul Lisbonne

Narbonne Istanbul Lisbonne

Par Sa-de

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Narbonne Istanbul Lisbonne

Les trains de chasse domptés m’emmènent le quitter, dans sa ville purgatoire, amazone en friche.

Je tire sur ma bicyclette pourpre, jeune tige mécanique. Je suis née bien avant vous et j’ai l’avantage des cérébraux. Petites foulées vers le déclin, foulées de danseuse étoile.

Adieu les soleils qui transpirent, pavés denses recouverts de marelles, bateaux sans aile aux odeurs de clameurs. Adieu la main de celui qui triche.

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Porto, Nîmes, Calvi

Une fois, comme ça, au détour d’une rue de Bénarès, l’inconnu indien s’est baigné dans le Gange. La voix douce de l’ami des morts. Nous nous saisissons des yeux et dansons. Il a les bras d’un martyre de l’Olympe. L’indien qui broie du noir dans les jupes de dieux hédonistes. Moi, la verve déloyale fardée de haillons. Ciao l’artiste poussiéreux. Va pousser ton pousse-pousse sans permis, passer du vide au néant ; je vais palper le pouls du monde, gonfler la pression des battements de ses pleurs. J’emporte ton sari dans mon espace méninges.

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Tours Monaco Phnom Penh

Je poursuis le compte à rebours, la marée humaine des plaines monétaires, les chiens qui courent. Le cortège des mendiants arrivistes, seule race qui boive le vin des riches.

Je prends le pouls du monde qui n’a plus de sève.

Bonjour Misère de l’Est, dame suave aux parfums entêtants, traînée soumise aux grandeurs de l’Ouest. Z’avez pas vu un scooter en partance pour Hanoï ?

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Madrid, Buenos Aires, Givors

Les ressacs creusent. Je gobe un poème pour mon quatre-heures. Le Canada fait saigner mes pieds et ma bouche. Cette fois je veux embrasser des cheveux turquoise.

Le canadien sensuel me fera parcourir les allées de son ciel, je le regarderai se laver dans la neige, frotter fort, exhumer.

Je brûlerai la salle où sont informatisées les vies ratées. Je jetterai la liste des contaminés de l’insignifiance. Je chevaucherai mon Canadien jusque sur sa planète éphémère. Il me montrera ses plantes rares, ses délices d’ivoire. J’aurai la fièvre antique de la baise nordique. La Jane Fonda de l’espace. La Lili blue des nuits lactées.

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Sydney, Oslo, Paris

Fouette cochet, fouette. Direction La Gloire, fleuve perdu dans l’illusoire. Même si c’est sur une autre stratosphère où le gris est banni que je vais me plaire, même si c’est à des années lumières que l’extase se fume, se boit et se consume, que les chèvres volent au matin le cri des taxeurs d’idéal, même si je ne reviens jamais de ce pays en forme d’amande, laissez-moi y croire. Adresse : Dadaland. Locomotion : poisson.

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Pise, Hambourg, Vienne

Adieu Pyrénées de mon cœur, adieu vahiné à la sensualité voilée, adieu ma chère mère aux petites goulées, adieu hier au coin du feu sur le tapis en poil d’autruche, adieu crème de marron et papillotes citronnées, adieu rock de garage de collectionneurs de mouches, adieu les soldes des mercenaires du manque, adieu la chambre jaune du huitième étage, adieu les madeleines de Proust empilée sous ma porte, adieu les amis qui s’accordent les gilets, adieu les brasseries bondées et le vin sur les nappes.

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Rio Marseille Tokyo

Stoppez les palmiers qui se carapatent. Plier sous leur hauteur. Moi aussi goûter le sable et l’insalubrité de l’insularité. Vous croyez qu’une seule vie suffit ? J’ai l’étoffe d’une dompteuse de requins. Il n’est pas de défis fous que je toiserai. J’irai stopper ces palmiers fugueurs. Avec eux que je converserai des secrets de famille qui rosissent les joues. Des palmiers que diable, que je passe aux aveux.

Dites-moi d’aller casser le nez des présidents morts, voler la virginité des princesses birmanes. Ordonnez l’impossible que je l’imprime. Tout est beau. Mourir sept fois. Parler aux palmiers.

Adieu ignobles marteleurs de trajets finis. Je trace vers l’horizon de ceux qui le plient.

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Moscou Minsk La Nouvelle-Orléans

Ce soir je suis seule. Loin de l’imaginaire des hommes. Dans le désert surréaliste où les nazis côtoient des cactus arbitres. Je m’allonge comme le drap de l’élégance. Je prends le pouls du monde qui ne rêve plus. Et je m’endors. Tiède.

Filons ce soir à travers le miroir. Revêtons les nippes des flamboyants rêveurs. Allons battre les voleurs de transfiguré, et crever leurs tympans d’assourdissants baisés.

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