Le papier bien torché

Dissection du sac à main pour hommes

Dissection du sac à main pour hommes

Par Philippe Coussin-Grudzinski

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Parce qu’il serait trop facile de ne taper que sur les filles, leurs chignons-crottes et leur sacs portés dans la pliure du coude, j’ai décidé de m’en prendre à un énorme fashion faux-pas, pourtant largement cautionné par les magazines de mode : le sac à main pour hommes.

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Il ne s’agit évidemment pas de blâmer l’attaché-case, symbole de pouvoir et de virilité, qui crie au monde entier le nombre de zéros sur votre compte en banque, votre place toujours plus haute dans une grande entreprise du CAC 40 et vos loisirs tous plus chics les uns que les autres. Il ne s’agit pas non plus de s’attaquer à la besace en bandoulière, souvent moche, informe, cheap, taillée dans des matières franchement limites, avec un mélange de nylon et de faux-cuir du plus mauvais goût – mais à la rigueur, ça ne vous donne pas des allures de pédale croisant les jambes sur un podium.

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Il s’agit donc de blâmer tout le reste. En premier lieu, le gros sac, dit 48h. J’ai découvert sur des sites pour hommes peu recommandables ce qu’était le 48h.

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48h parce qu’il est censé suffire pour deux jours. Soit. Donc s’il est censé suffire pour deux jours, il s’agit d’un sac de voyage, bon pour aller en week-end, où vous voulez mais pas à Deauville, trop cliché. Or, le week-end, ce n’est pas la vie de tous les jours, et non, vous n’êtes pas classe avec votre énorme sac tout gros et tout mou. Variante au sac 48h classique : le sac 48h American Apparel qu’on voit encore, parfois, comme si on était en 2007. Idem : laissez-le aux filles, c’est tout, mais vraiment tout sauf classe, viril, gentleman, et non, ce n’est pas comme ça que vous prouverez au monde entier votre part de sensibilité. Lisez plutôt Proust, allez voir Oslo 31 août mais pitié, pas le sac 48h.

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Autre victime : le sac dit cabas. Avec des anses. Vous devez le refuser catégoriquement en dépit des stratégies de lobbying international dont usent les magazines masculins à votre égard. Parce qu’à ce train là, pourquoi ne pas voler le sac cabas pailleté Vanessa Bruno de votre copine ? Après tout, ce n’est pas parce qu’il est en cuir vieilli qu’il est viril, assumez votre part de féminité jusqu’au bout.

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Nan, j’déconne. Le sac cabas, ça vous donne une allure de mannequin échappé d’un podium, ou d’une dinde échappée du salon de l’agriculture, parce que finalement, un mannequin et une dinde s’équivalent largement. La dinde pouvant aussi être remplacé par un mouton. Si vous ne comprenez pas cette blague, c’est que vous en êtes, du troupeau.

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Dernière victime : le sac en toile dit de bibliothèque. Deux anses, de la toile, généralement un logo dessus, le plus souvent celui de Kaiser’s que TOUT LE MONDE ramène de Berlin, parfois celui d’un label musical, parfois l’affiche d’un vieux film. Là encore, j’appelle au boycott : le sac en toile fait parti de l’uniforme hipster par excellence, et tant que vous pouvez ne pas ressembler à des gens qui confondent leur look (plus vraiment) anticonformiste et la subversion, la vraie, c’est plutôt un bon point. Par ailleurs, pour l’avoir pratiqué, le sac en toile glisse de l’épaule, il faut donc le tenir, et là encore, dégaine de tarlouze assurée.

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Maintenant que vous avez bien en tête tous mes conseils, si jamais on vous traite de réac, de macho, ou quoi ou qu’est ce, répondez simplement que l’égalité des sexes ne se joue pas dans un sac à main mais dans le salaire, par exemple. Et balancez que ok, vous avez lu toutes les Gender Studies de Judith Butler mais ce n’est pas une raison pour faire croire aux hommes que leurs sacs à mains en feront des femmes comme les autres. Si vos interlocuteurs vous regardent avec un air interrogatif, précisez leur que les sacs à mains ne sont faits que pour amener des consommateurs sans le sou à des marques bien trop chères pour eux. Et de leur permettre, eux aussi, d’avoir leur part du rêve, tous les jours, en y mettant trois mois de salaire. Ainsi, votre refus du sac pour hommes apparaîtra bien plus progressiste qu’il n’y paraît, comme l’acte politique fondateur de la décroissance. Gaffe tout de même à ne pas sortir ça à n’importe qui : vous passeriez assez vite pour un bolchevique.

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Là, vous me dites ok, la politique, c’est bien, mais concrètement (oui, concrètement), je le mets où mon gros portefeuille de Papa ? Franchement, ce n’est plus mon problème, mais certainement pas dans la poche arrière de votre jean. Parce que le gros cul, vous l’avez déjà.

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Crédit photo Hermès

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