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Gatsby le magnifique : Grandeur et décadence

Pour une fois, la rédaction de People Are Strange est partagée…

Grandeur : The Great Baz

Par Anna Rios-Bordes

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Les critiques criaient au feu. Mais le pompier pyromane australien ne nous a pas refroidis.

Dans son adaptation du livre The Great Gatsby de F. S. Fitzgerald, Baz Luhrmann déploie toute sa virtuosité, brusquant le romantisme parcimonieux de l’auteur américain.

Son monde clinquant, à la croisée de Burton et Fellini – où les années folles côtoient le kitsch bling et où le jazz caresse le rap – rend hommage à la fertilité de l’imaginaire de Jay Gatsby.

De fait, le parallèle entre Luhrmann et son personnage est assez troublant.

Ils partagent le même désir de grandeur, de démesure, et leurs moyens sont à la hauteur de leurs ambitions.

Visuellement, 3D ou pas, on se fait asseoir : décorum gigantesque, châteaux cartoonisés, chorégraphies colorées, …

Ici, à la différence de chez Fitzgerald, le point de vue formel n’est pas celui du narrateur Nick Carraway (Tobey Maguire), mais celui de Jay Gatsby (Leonardo Dicaprio), obsédé par le trucage du passé. La caméra navigue dans l’imaginaire de cet être en quête de magnificence, dont le désir d’absolu répond au fantasme du réalisateur.

L’indigestion est évitée grâce au raffinement des scènes d’humanité, au va-et-vient soigné entre l’intime et le faste, comme dans la coquette scène de retrouvailles entre Gatsby et Daisy (mélancolique Carey Mulligan).

Fétichiste des lieux, Luhrmann noue le drame sous une affiche publicitaire d’opticien, allégorie de l’oeil divin. Comme dans son adaptation de Roméo et Juliette (1996), le formalisme des décors vient appuyer le scénario : l’accès à New York de Long Island se fait par une zone désaffectée, lieu de passage entre le conventionnel et le dépravé, qui souligne l’hésitation morale des personnages.

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A l’indolence aristocratique de Robert Redford dans la version de Jack Clayton (1974),répond l’intensité du jeu de Dicaprio. Son Gatsby est tout tendu vers la folie de l’irrésolution, son rêve d’amour pur s’exprimant dans un regard sans âge.

En passant le romantisme au filtre de la modernité pop, Baz Luhrmann booste la dramaturgie du texte qui prend des tournures de tragédie grecque et s’éloigne du propos social de Fitzgerald.

Cette liberté mégalomane dans la mythification d’une oeuvre déjà culte est remarquable.

Décadence : Clip sans déclic 

Par MLB

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Baz Lurhmann peine à joindre l’émouvant au magnifique. Habillé de lumière, prodigue en couleurs, ce Gatsby évolue dans la splendeur mais oublie, au vestiaire de ses fastueuses soirées, le bagage émotionnel. Non que la mise en scène, clinquante et traversée d’anachronismes (bling gangsta et Noirs crânant au volant de grosses bagnoles), soit mal choisie ou orgueilleuse ; c’est même la force du film. Mais le choix de la grandiloquence, certes efficace visuellement, empiète sur l’espace des personnages, et, plus embêtant, sur celui du scénario.

Portées par une B.O boursouflée (de Jay-Z à Lana Del Rey, en passant par Florence And The Machines, Gotye ou The XX), les scènes défilent comme autant de clips vidéo, davantage vouées à soutenir le poids de la musique et de la fête qu’à favoriser le fil narratif.

Ainsi, passé l’émerveillement donné par l’incipit, passée l’ivresse des premières sauteries chez l’insaisissable M.Gatsby, le film, perdant la cadence des nuits folles, s’assoupit dans une indolence de lendemain de fête. Et finit par donner le sentiment que le temps est long. D’autant que les procédés d’enchaînement, aussi léchés soient-ils, se répètent. Dans ses moments de mou, Gatsby frise le soporifique.

Pierre Humbert

De Toulouse, Pierre Humbert garde son sobriquet, Molty Santi, et la passion pour la musique live, dont il aime à capturer l’énergie depuis ses premiers pas dans la photographie. Excellant en portraits d’artistes, Molty, pour les intimes, ne perd rien de ses qualités quand son objectif s’aventure dans d’autres terrains, comme le paysage. Ses clichés ont notamment été exposés lors des dernières Nuits Sonores, le festival lyonnais qui accueille le Toulousain depuis 2012 parmi ses photographes officiels.

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«Combien de fois Beyoncé peut-elle changer de tenue ?» PAS enquête à l’Arena de Montpellier

Par Mademoiselle Rose

Alors que nous nous insurgions la semaine dernière contre les retouches outrageuses apportées au cuissot de Beyoncé dans la nouvelle campagne publicitaire d’H&M, nous avons voulu en avoir le coeur net (Pour PAS, la vérité a son importance) et aller constater par nous-même l’inexistence du « tight gap » – objet de la polémique.

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Nous nous sommes donc rendu un soir de Pentecôte à l’Arena, nouvelle cathédrale du divertissement montpelliéraine, pour acclamer notre déesse préférée. Récit.

11h46

Coup de fil à l’Arena, le ventre noué, et pour cause : la belle a annulé l’une de ses dates belges quelques jours auparavant pour cause « d’épuisement et de déshydratation » aigus. Soulagement de la rédaction : l’Américaine est hydratée.

16h03

Devant l’Arena, de nombreux forcenés sont sur le pied de guerre depuis le matin. Deux heures d’attente sous le soleil qui nous permettent d’appréhender les différents profils du fan moyen :

  • le boulimique, qui a, pour l’attente, prévu de quoi repaître une dizaine de personnes, dont la moitié finira très probablement dans l’énorme poubelle située à l’entrée (les sandwichs, salades de pâtes et autres bananes étant interdits à l’intérieur).
  • l’hyperactif appliqué, qui ne tient pas en place et répète l’intégrale des chorégraphies dans un coin.
  • la cagole (n’oublions pas que nous sommes à Montpellier) qui, au vu des sandales compensées qu’elle arbore fièrement, ne va pas tarder à regretter ses bonnes vieilles converses.
  • le parent inquiet, fan dissimulé, qui profite de sa progéniture pour voir son idole.

17h53

Premier malaise dans la file d’attente : une jeune femme est évacuée à l’intérieur, sous la huée des envieux.

18H12

Les portes s’ouvrent enfin, provoquant une ruée du public digne des soldes de Boxing Day et la chute de trois barrières de sécurité.

On frise, à maintes reprises, l’incident diplomatique. Il fait très très chaud et les spectateurs sont très très tendus. Certains, épuisés par l’attente marathonienne, mangent leurs cheveux . Quelques noms d’oiseaux fusent mais Patrick Sébastien et ses sardines viennent rapidement apaiser les esprits. En guise d’amuse-bouche, les écrans situés de part et d’autre de la scène diffusent en boucle les différents spots publicitaires dans lesquels apparaissent la diva.

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21h00

Le rideau (monumental, sur lequel est projeté un gigantesque «B» entouré d’une couronne de feuillages) tombe. Le show commence. Queen B apparaît au fond de la scène, derrière un écran de fumée et entame son hymne à la gloire des femmes – femmes qu’elle a mises à l’honneur puisque la quasi totalité de sa troupe, danseuses, musiciennes et choristes inclues, est féminine. Elle est là, à quelques mètres, aussi belle et rebondie qu’à la télé. Le public crie, nos tympans explosent. Un panneau se lève dans la foule : « Beyoncé, for us you are the best. Our queen » .

Beyoncé est généreuse, vocalement et physiquement, et ne se ménage pas. Elle enchaîne choré sur choré, sous les projecteurs et les feux d’artifices, et entreprend même la traversée de la salle suspendue au bout d’un câble. De longues séquences vidéo projetées sur l’immense écran situé au dessus de la scène viennent combler les quelques temps de pause.

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23h00

C’est le bouquet final. Après un hommage à la regrettée Whitney Houston et un «I will always love you» poignant, Queen B fait ses adieux au public sur «Halo» et remercie chaleureusement la salle.

C’est fini. Nous quittons la salle des étoiles et de la sueur salée plein les yeux. Nous avons rajeuni de dix ans et réussi à répondre à l’épineuse question posée par l’une de nos lectrices la semaine dernière «Combien de fois Beyoncé peut-elle changer de tenue par concert ?». Et bien Martine, ne vous questionnez plus, nous en avons compté dix.

Best Of The Doors : 1967-1971

Par Mister Jan

Ostende doit disparaître : Flou de mémoire

Par Anna Rios-Bordes

Peut-on effacer une histoire d’amour ? Plus complexe : peut-on supprimer une ville de la carte pour effacer le souvenir d’un homme ? A l’instar de Michel Gondry, la photographe Fanny Rezig interroge la mémoire des sentiments. Dans son projet Ostende doit disparaître, elle parvient à flouter la Belgique, insuffler à la photo le gêne de la catharsis, et régler leur compte aux insoumis du romantisme.

Rencontre avec une brouilleuse de souvenirs, radicale.

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Australie mon amour

« Il fallait que je me prenne cette réalité en pleine gueule ! », explique Fanny, mi-espiègle, mi-mélancolique.

Cette réalité, c’est celle de la nouvelle vie de l’homme qui l’a quittée, en se projetant hors de la surface-terre en 2010. Son Allemand rencontré en Australie en 2009… Celui qui lui pinçait la joue jour après jour sur les plages de Tasmanie, celui qui lui passa une bague quand elle prit l’avion avec un visa expiré. « Je la récupérerai quand je te rejoindrai », avait glissé le futur porté disparu.

Fanny sort la bague de son sac. J’ai commencé par photographier des garçons en leur faisant porter la bague. Mais je n’ai pas réussi à l’oublier. Si la fétichisation est un remède, elle n’est pas la solution. Pas assez draconienne face à l’irrésolution. « J’ai appelé, mailé, texté, j’ai plongé dans le vide de l’unilatéral ».

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Ostende, voisine

En 2011, fraîchement installée à Bruxelles sur les bancs de l’Ecole de Photographie Agnès Varda, elle découvre que l’Allemand est aussi en Belgique, à Ostende. A 200 kilomètres d’elle. Mathématiques de l’amour : 200 km = bien moins que 26 heures d’avion. Enfin, à la louche.

« Cette histoire ne pouvait pas avoir eu lieu, sa trace devait disparaître. Ostende devait disparaître ».

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Ostende, 71 921 habitants.
Plus lui.
Plus sa nouvelle meuf, sportive, aux jambes de gazelle.

Ostende, côte belge. Ostende, hôtel de la plage.

Quand elle installe son pied sur le sable, elle n’a pas encore l’idée du floutage. Elle veut voir l’image, propre, de l’abandon. Et, au moment de la prise, elle tire le pied, nerveusement. L’image est balayée. Elle continue. Un plan, un balayage, en diptyque. Un plan, un balayage, un tirage, une larme rachetée.

« Pourquoi ai-je balayé ? Bah, je vous l’ai dit, Ostende devait disparaître ».

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